Le foot français va-t-il dans le mur ?

Deux hommes de terrain ont écrit un livre qui dénonce et critique le travail des dirigeants et des entraîneurs. Faouzi Djedou-Benabid, recruteur, et Yacine Hamened, formateur du foot pro français, font ce constat et l’exposent, avec la collaboration de Daniel Riolo, dans le livre :


51i-DSg54TL._SY344_BO1,204,203,200_

Pourquoi le foot français va droit dans le mur.



Ces deux hommes de l’ombre du foot français sont sans appel, la France n’arrive pas à rivaliser avec les cadors européens.
Formation inadéquate, institutions en crise, cellules de recrutement incompétentes, corporatisme des entraîneurs, agents de joueurs trop influents, combines politiques, copinages, et j’en passe… la liste des arguments de leur pamphlet est longue et souligne l’incapacité pour un club français de gagner la Coupe d’Europe depuis la victoire de l’OM en C1 en 1993 :

Dirigeants incompétents, agents véreux, directeurs sportifs inutiles, entraîneurs dépassés, direction technique nationale inféodée à un petit cercle, formation bâclée, imposteurs en pagaille : jamais personne n’avait eu le courage de dresser un état des lieux aussi glaçant du football français , pose l’éditeur. Si prompts à se poser en victimes d’une pression fiscale pénalisante, comme si elle était l’alpha et l’oméga des humiliations qu’ils subissent en permanence sur la scène européenne, nos clubs et nos dirigeants ne peuvent plus faire l’économie d’une remise en question radicale. Il y a urgence, avant que le désastre ne soit total.

La France, premier exportateur de joueurs de foot

La France forme, la France exporte mais la France ne gagne pas. Cet aspect du football national, lorsqu’il est comparé aux pratiques étrangères, semble contraire au plaisir même de pratiquer ce sport. Faouzi Djedou-Benamid nous apporte quelques éléments de réponse dans une interview accordée au magazine Le Point :

À l’étranger, notamment au Barça, on raisonne de manière inverse. On ne demande pas aux jeunes joueurs de gagner, mais d’apprendre, quitte à perdre lourdement des matchs officiels dans les tournois. Les jeunes Barcelonais sont là pour répéter leurs gammes, pour commettre des erreurs, pour parfaire leur enseignement. Un seul club français a compris, c’est l’OL. En CFA, les éducateurs lyonnais n’hésitent pas à faire jouer les défenseurs en milieu de terrain pour qu’ils apprennent à mieux se servir de leurs pieds. Les autres clubs français sont à la ramasse. Et l’incompétence est à tous les étages : formateurs, entraîneurs, recruteurs et présidents. Leur objectif, c’est de faire signer des contrats pros, de remporter les compétitions de jeunes, de montrer que les nouvelles installations d’entraînement sont performantes. Du coup, on fait du remplissage dans les centres de formation avec des joueurs pas au niveau et recrutés à la va-vite et on ne se laisse aucune marge de manoeuvre. Les contrats étant bloqués, si le club croise un bon joueur amateur au cours d’un match, meilleur que son jeune à lui qui joue au même poste, il ne pourra pas le recruter. Je vois souvent ce genre de situation en tribune et je rigole ouvertement. Et le superviseur du club pro en question, assis à côté de moi, me regarde avec dépit car il comprend mon hilarité. Son joueur destiné à être pro se fait ridiculiser sur la pelouse par un footballeur amateur.

Une chose est sûre, la formation est intimement liée à l’image et au niveau général de la Ligue 1. Actuellement en train de se raviver, la flamme des supporters de L1 pourrait rapidement s’estomper si les équipes ne proposent pas un jeu plus séduisant.
Yacine Hamened :

Ce discours basé sur le résultat en équipes de jeunes perdure et prend même de l’ampleur au niveau professionnel. Le culte de la défense au détriment de l’attaque prédomine. Pour la majorité des coachs français, un 0-0 est un bon résultat, un 3-3 est un mauvais score. C’est le culte de la victoire à deux points, du match nul comme bonne opération. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si beaucoup d’entraîneurs français ont fustigé le passage de la victoire à trois points en 1994. Cette philosophie attentiste nous coûte cher en Coupe d’Europe avec des clubs français souvent ridicules en C3. Les joueurs sont bridés. Mais pourquoi une telle négativité ? Les coachs invoquent la pression du résultat. C’est une fausse excuse : plus de la moitié des équipes en Ligue 1 ne vont pas être concernées par la lutte pour le haut du tableau ou contre la relégation. Pourquoi ne pas proposer alors un jeu plus séduisant ? Caen, qui était dernier au classement à l’automne, a décidé d’opter pour l’attaque pour s’en sortir. Mais c’est une exception.

Faouzi Djedou-Benamid :

L’important, c’est d’impliquer les joueurs français dans un projet collectif n’est pas chose évidente aussi. Il est difficile de les bouger. On l’a vu cette saison à l’OM avec des footballeurs qui se sont plaints du rythme de travail imposé par le coach argentin Bielsa. Le jeune joueur français veut un gros contrat, mais ne veut pas travailler. Il veut être choyé mais pas être secoué. Ceux qui ont été élevés au rang de pépites en équipes de jeunes parce qu’ils faisaient gagner les matchs à eux seuls ont parfois un statut qui dépasse l’institution. Le club est alors dépendant de son rendement et lui pardonne tous ses écarts de conduite.

Le modèle français est-il si nul que ça ? En tout cas d’après ce livre, les entraîneurs français n’ont de professionnel que le nom. Ce déclin n’est pas de l’avis de tous et certains gardent espoir grâce à des entraineurs tel que Marcelo Bielsa. Quoi qu’il en soit, épaulés par le journaliste Daniel Riolo, les deux auteurs dénoncent les erreurs du football français dans le livre Pourquoi le foot français va droit dans le mur et leurs arguments restent intéressant même pour les moins friands de pamphlet.